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L'Effet Mathilda

Février 2026
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L’effet Matilda est le déni, la spoliation ou la minimisation récurrente et systémique de la contribution des femmes à la recherche scientifique. Leur travail est ainsi bien souvent attribué à leurs collègues masculins.

Le phénomène est décrit pour la première fois par la suffragette et abolitionniste Matilda Joslyn Gage (1826-1898) dans son essai Woman as an Inventor (publié pour la première fois sous forme de tract en 1870).

Dans son ouvrage, celle-ci fait le constat que les traces des femmes ont été effacées de l'histoire des inventions, évidement au profit des hommes. L'inventivité est étroitement liée à la liberté du peuple.

Et bien que les femmes soient en réalité responsables d'un grand nombre d'inventions, elles sont bien moins libres que leurs homologues masculins dans l’exercice de leur pouvoir intellectuel et dans la protection de leurs idées.

« Privée, comme elle l'est, de pouvoir politique, la femme doit faire face au mépris de son sexe, au dédain ostensible ou dissimulé de la condition féminine, aux allusions dépréciatives à ses capacités intellectuelles, autant d'éléments qui tendent à entraver l'expression de son génie créatif. »

Matilda Joslyn Gage (traduit de l'anglais)

De l'effet Matthieu à L’effet Matilda

C'est en 1993 que Margaret W. Rossiter, historienne des sciences, reprend l'effet Matthieu, et théorise l'effet Matilda. L'effet Matthieu proposé par Robert K. Merton en 1968, fait référence à la phrase de l'évangile selon Matthieu :

« Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a »

C’est notamment utilisé pour théoriser l'idée que les scientifiques les plus reconnus tendent à entretenir une domination dans la recherche, au détriment de leurs collègues.

Margaret observe un effet similaire, même décuplé, dans la discrimination systématique des femmes dans le domaine scientifique, et dans la reconnaissance de leurs travaux.

Ainsi, l'effet Matilda a pour but d’invisibiliser et d'effacer les femmes. Il peut prendre pour forme :

  • l'appropriation des pensées des femmes par des hommes
  • la minimisation de la participation des femmes dans - les recherches et découvertes scientifiques
  • la non retenue du nom des femmes dans les découvertes scientifiques
Quelques exemples d'effets Matilda (Quai des savoirs) :

Chien-Shiung Wu Prouve d’importantes théories en mécanique quantique, mais ce sont ses collègues Yang et Lee qui obtiennent le Prix Nobel de Physique en 1957, sans elle.

Marie Tharp Découvre en 1952 que des pans de la croûte terrestre dérivent, ce que le géologue Bruce C. Heezen considéra comme « une hérésie scientifique » et un « truc de fille ».

Rosalind Franklin Réalise plusieurs radiographies de l'ADN qui sont montrées à son insu par le physicien Maurice Wilkins. Il recevra le Prix Nobel de médecine en 1962 pour cette découverte mais Rosalind Franklin sera à peine mentionnée

Aujourd'hui

Des progrès ont lieu, grâce aux efforts d’associations et d’organisations engagées. Mais l’on est encore loin du résultat.

Chaque année la Journée internationale des femmes et des filles de science est célébrée le 11 février depuis sa proclamation par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2015.

Elle met à l’honneur les contributions remarquables des femmes en science et sensibilise à l’importance de faire évoluer l'égalité des genres dans les domaines scientifiques afin de relever les défis planétaires à venir.

Sources

[1]: Rossiter, Margaret W. “The Matthew Matilda Effect in Science.” Social Studies of Science, vol. 23, no. 2, 1993, pp. 325–41. JSTOR, http://www.jstor.org/stable/285482. Accessed 10 Feb. 2026.

[2]: Statut et tendances des femmes en sciences: nouvelles observations et perspectives sectorielles, UNESCO https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000393768_fre

[3]: L’effet MATILDA, Quai des savoirs https://www.occitanie-ouest.cnrs.fr/sites/delegationdr14/files/page/2023-12/200228MathildaQuaiDesSavoirs_100320.pdf